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La téléexpertise fête sa première bougie

10 février 2020

Bilan et projections douze mois après l’arrivée de ce nouvel acte médical

La téléexpertise est entrée dans le droit commun le 10 février 2019, il y a un an jour pour jour. Si des réflexions et des expérimentations sur le sujet sont en cours dans plusieurs pays, la France est le premier système de santé à mettre en place un cadre pérenne et une rémunération généralisée pour cette acte de collaboration entre médecins.

Le premier anniversaire de ce nouvel acte médical est l’occasion de dresser un bilan de son utilisation et faire quelques projections sur l’avenir.

Histoire de l’hyperspécialisation médicale

Et pourquoi nous avons besoin de développer la téléexpertise

C’est seulement en 1949 que les spécialités médicales ont été codifiées en France. Certains médecins s’orientaient déjà vers une branche spécifique de la médecine avant cette date mais uniquement par leur pratique. Leur qualité de spécialiste ne se fondait que sur leur expérience et leur notoriété.

Le décret d’octobre 1949 formalise cet usage et introduit 10 spécialités : la chirurgie, la dermatologie, l’ophtalmologie, la neurologie, la gynécologie, la psychiatrie, la pneumologie, l’oto-rhino-laryngologie, la stomatologie et la biologie. Depuis, leur nombre n’a cessé de croître et la quarantaine de spécialités actuelles sont elles-même divisées en plusieurs sous-spécialités.

C’est la croissance exponentielle des connaissances théoriques et de la complexité technique qui a conduit au morcellement des disciplines médicales. Si ce phénomène a permis de garantir la qualité des soins, il n’est pas sans danger. Les parcours de soin sont de plus en plus longs et complexes et à chaque étape de ces parcours il existe un risque d’erreur d’orientation ou d’erreur médicale. C’est la raison pour laquelle la collaboration entre les différents acteurs du parcours de soin est devenue l’un des enjeux majeurs de nos systèmes de santé.

Collaboration médicale

Il existe essentiellement deux axes pour encourager cette collaboration : soit on regroupe les acteurs (c’est ce que l’état tente de faire avec les GHT, les maisons de santé, les CPTS..), soit on crée des ponts entre ces acteurs et on permet à l’expertise de circuler : c’est la téléexpertise.

C’est pour lever les freins techniques, financiers et organisationnels à la généralisation de la téléexpertise que nous avons développé Omnidoc.

Un outil au service de la collaboration médicale

Disponible depuis l’entrée de l’acte dans la nomenclature, Omnidoc est une plateforme web permettant aux médecins d’échanger des avis très simplement, de manière asynchrone, en respectant automatiquement les conditions imposées par l’Assurance Maladie (sécurité, traçabilité, identification des acteurs..). Cela inclut toutes les spécialités et tout type de documents médicaux.

Omnidoc décharge les médecins de la dimension administrative de l’acte : ils s’authentifient avec leur carte CPS, les données patients sont importées en un clic depuis la carte vitale, le compte-rendu est généré automatiquement…

Le résultat, c’est qu’une téléexpertise réalisée depuis Omnidoc est très peu chronophage pour les médecins : 5 minutes en moyenne pour la demande comme pour la réponse. Nous avons publié des statistiques détaillées et par spécialité dans un autre article.

Par ailleurs, Omnidoc permet la valorisation de l’acte. Chaque échange sur Omnidoc peut être coté à l’Assurance Maladie et donner lieu à une rémunération : 12 ou 20 euros pour le médecin requis, 5 ou 10 euros pour le requérant. La solution assure en effet le respect du cadre réglementaire, la vérification de l’éligibilité du patient, la collecte et la transmission des informations administratives du patient et du médecin requérant.

Enfin, Omnidoc aide les médecins à organiser cette nouvelle pratique. Ils peuvent échanger avec leurs correspondants, demander des mises en relation ou créer leurs propres réseaux de téléexpertises sur la plateforme.

Ces réseaux rassemblent des requérants d’un côté, des experts de l’autre, et facilitent la gestion collective des demandes notamment via la possibilité d’ajouter un planning de garde. Ainsi plusieurs établissements, comme le Centre Hospitalier de Vannes, mettent en place des réseaux de téléexpertise via Omnidoc pour améliorer et valoriser les échanges entre les médecins libéraux de leur territoire et leurs services.

Plateforme de télé-expertise Omnidoc

Un démarrage timide, une montée en puissance progressive

Les premiers chiffres nationaux publiés en septembre par l’Assurance Maladie ont déçu : seulement 771 actes remboursés en 6 mois. Comment peut-on expliquer ce démarrage très poussif ? Plusieurs arguments peuvent être avancés :

  • Un manque de notoriété. Peu de publicité de la part de l’état ou des partenaires sociaux et une couverture médiatique très faible font que la majorité des médecins ignorent toujours l’existence de ce nouvel acte.
  • Une rémunération jugée trop faible. “Mon expertise vaut plus que 12 euros” est une remarque que l’on entend souvent, en dépit du fait que cet acte soit très rapide et réalisé gratuitement jusqu’à maintenant.
  • Des difficultés techniques à facturer

Ce dernier point constitue, de notre propre expérience, le principal frein au développement de la téléexpertise. Le médecin requis doit envoyer une feuille de soin électronique (FSE) à l’Assurance Maladie. Cet envoi ne peut se faire que depuis le logiciel de facturation habituel car, en raison de limitations purement techniques, l’Assurance Maladie ne permet pas à un médecin d’avoir deux sources de facturation différentes. Malheureusement les éditeurs ont mis énormément de temps à mettre à jour leurs logiciels (la palme revenant à Medistory avec 11 mois de retard).

Malgré ce retard à l’allumage, l’usage de la téléexpertise est indéniablement en train de monter en puissance. Les chiffres nationaux à un an n’ont pas encore été publiés, mais ceux d’Omnidoc, qui en représentent une part significative (près de 30% sur les six premiers mois), montrent clairement une accélération. L’évolution du nombre de téléexpertises réalisées chaque mois illustre bien cette inflexion. De 6% par mois sur la première partie de l’année, la croissance mensuelle s’est établi à 30% en moyenne sur les 6 derniers mois.

Pourquoi le développement de la téléexpertise va s’accélérer en 2020

Plusieurs facteurs nous amènent à penser que les tendances observées sur les six derniers mois vont se confirmer, et même s’accentuer.

D’abord la notoriété de l’acte a beaucoup progressé. Beaucoup de médecins sont désormais convaincus de sa pertinence. De nombreux projets sont en train de voir le jour et utilisent la téléexpertise pour favoriser la collaboration et la circulation de l’information, éviter certaines erreurs et rendez-vous inutiles ou apporter une expertise spécialisée dans des territoires sous-dotées.

Par ailleurs, plusieurs évolutions réglementaires favorables sont attendues en 2020 et en premier lieu l’élargissement à tous les patients. Aujourd’hui seuls les patients dits prioritaires (ALD, maladies rares, zones sous denses, EHPAD, détenus) sont éligibles, soit environ une personne sur trois. Le calendrier de cette extension, prévue dans l’avenant 6, sera annoncé dans les prochains mois et devrait significativement accroitre l’attractivité de la téléexpertise auprès des médecins. Des réflexions sont également en cours pour la création d’un troisième acte de téléexpertise, mieux rémunéré, qui serait réservé PU-PH.

Enfin, les outils techniques ont mûri et répondent mieux aux attentes des médecins. C’est vrai des outils de facturation qui permettent tous ou presque désormais la facturation de la téléexpertise. C’est vrai également des solutions de téléexpertise comme Omnidoc, qui ont progressivement intégré les retours de leurs utilisateurs et élargi leur périmètre.

 

Si vous avez des questions sur le contenu de cet article ou sur la solution Omnidoc, n’hésitez pas à nous écrire via contact@omnidoc.fr.