Delphine Girard est kinésithérapeute libérale à Embrun, dans les Hautes-Alpes, spécialisée dans la rééducation des troubles de la sphère pelvienne et abdominale.
Dans ce témoignage, elle revient sur son usage de la téléexpertise via Omnidoc, notamment pour échanger plus facilement avec les médecins généralistes et spécialistes autour de ses patients. Elle explique comment cet outil facilite le suivi, renforce la coordination entre professionnels de santé et encourage une prise en charge pluridisciplinaire.
Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Delphine GIRARD. Je suis kinésithérapeute libérale, spécialisée dans la rééducation des troubles de la sphère pelvienne et abdominale. C’est une activité que je pratique à 100 %, auprès des femmes, des hommes et des enfants.
Pourquoi avez-vous commencé à utiliser la téléexpertise ?
Delphine GIRARD. J’utilise Omnidoc depuis environ un an et demi, presque deux ans. En réalité, la téléexpertise correspondait à des pratiques que j’avais déjà mises en place auparavant, car j’ai vraiment l’habitude de communiquer avec les médecins, qu’il s’agisse des médecins prescripteurs ou de médecins spécialistes.
Cela me permet de rediriger les patients lorsque j’ai besoin d’informations complémentaires ou d’examens plus précis. Depuis février 2024, les kinésithérapeutes peuvent accéder à la téléexpertise de façon reconnue. Ce sont notamment les médecins généralistes de mon village, à Embrun dans les Hautes-Alpes, qui m’ont initiée à Omnidoc car ce dispositif avait d’abord été mis en place entre médecins avant de s’ouvrir aux kinésithérapeutes.
Dans quels cas utilisez-vous la téléexpertise ?
Delphine GIRARD. J’utilise la téléexpertise dans deux situations principales.
La première consiste à contacter le médecin généraliste pour l’informer du bilan que j’ai réalisé avec le ou la patiente. Cela peut, pour donner un exemple très concret, permettre de lui indiquer qu’il serait pertinent de revoir la patiente afin d’ajuster un traitement laxatif ou de proposer des crèmes à base de substitut hormonal lorsqu’il existe une sécheresse vaginale importante, car cela peut m’aider dans la prise en charge.
La deuxième situation concerne davantage les échanges avec les médecins spécialistes. Je peux les solliciter pour leur demander un avis au sujet d’un patient que je suis, qui ne m’a pas forcément été adressé par eux mais pour lequel j’ai besoin d’une information afin de savoir s’il est pertinent de l’orienter en consultation. Je peux aussi leur demander une précision sur un examen réalisé par un patient.
Comment faisiez-vous avant Omnidoc ?
Delphine GIRARD. Ces échanges existaient déjà avant la mise en place d’Omnidoc. J’avais notamment l’habitude de communiquer avec les médecins par messagerie sécurisée.
La plateforme Omnidoc est très simple d’utilisation et, lorsque les médecins sont présents sur Omnidoc, je trouve que c’est un moyen beaucoup plus facile pour échanger avec eux. Comme de nombreux médecins sont inscrits, cela m’aide aussi lorsque des patients viennent de loin et que je ne connais pas forcément leurs prescripteurs. Dans ces situations, lorsque j’ai besoin d’échanger avec eux, je regarde s’ils sont sur Omnidoc. Cela me permet de communiquer plus facilement avec eux, plutôt que d’essayer de les joindre par téléphone, ce qui est toujours un peu compliqué.
Comment se passe le suivi du patient après une téléexpertise ?
Delphine GIRARD. En kinésithérapie, le suivi du patient est déjà assez régulier, car nous voyons les patients une fois par semaine ou une fois toutes les deux à trois semaines. Dans la plupart des cas, nous sommes donc amenés à les revoir.
Quand c’est le cas, je leur explique que j’ai reçu une réponse du médecin et que nous allons mettre en place ce qui a été proposé. Lorsque je ne les revois pas rapidement, je leur indique toujours que je les tiendrai informés et je les appelle pour leur transmettre la réponse et faire le point avec eux.
Quel est l’impact pour vos patients ?
Delphine GIRARD. Les patients sont assez ouverts et même rassurés par le fait que je puisse entrer facilement en contact avec leurs prescripteurs ou avec d’autres médecins spécialistes. Cela leur montre que leur prise en charge est pluridisciplinaire.
Je leur dis toujours : « Si vous le souhaitez, je peux en parler avec votre médecin » ou « Je vais contacter un médecin spécialiste et je vous tiendrai au courant de sa réponse ». C’est toujours annoncé au patient et, le plus souvent, les patients sont d’accord. La majorité du temps, je leur envoie également ce que j’ai transmis au médecin, afin qu’aucune information ne leur soit masquée.
Quels sont les avantages d’Omnidoc ?
Delphine GIRARD. Omnidoc est une plateforme assez simple d’utilisation. Quand un médecin est référencé, cela permet aussi de se créer un réseau : à partir du moment où nous avons communiqué avec un médecin, il est intégré à notre liste de destinataires et nous pouvons ensuite le retrouver plus facilement.
Il suffit de renseigner quelques données du patient, notamment son numéro de sécurité sociale, sa date de naissance, son nom et son prénom. Ensuite, Omnidoc retrouve globalement les autres informations du patient.
Le visuel de la plateforme est également agréable, avec un fonctionnement proche d’un chat. Nous pouvons recevoir une réponse d’un médecin puis répondre à nouveau derrière. C’est assez intuitif. Je trouve la plateforme très interactive et très facile pour faire de la téléexpertise, parfois même davantage que certaines messageries sécurisées utilisées via d’autres plateformes.
Comment se passe la cotation des demandes de téléexpertise ?
Delphine GIRARD. Il faut savoir qu’en tant que kinésithérapeutes, nous percevons 10 € par téléexpertise. C’est un acte de notre nomenclature, appelé RQD, que nous renseignons dans notre logiciel de gestion de cabinet lorsque nous réalisons une téléexpertise.
La seule chose à prendre en compte, c’est que cet acte est facturable à partir du moment où nous avons reçu une réponse du médecin. Dès que j’ai reçu cette réponse, je peux donc coter un acte RQD.La petite limite actuelle du système, c’est que la téléexpertise fonctionne uniquement de façon montante. C’est le kinésithérapeute qui contacte le médecin, mais aujourd’hui, le médecin ne peut pas contacter le kinésithérapeute par ce biais.
Quel avenir voyez-vous pour la téléexpertise en kinésithérapie ?
Delphine GIRARD. En tant que professionnelle libérale, je vois un vrai intérêt à la téléexpertise, car elle permet de renforcer le lien entre la ville et l’hôpital, ce qui correspond à une demande de plus en plus présente au niveau gouvernemental.
C’est vraiment un outil qui a de l’avenir. Pour optimiser la prise en charge des patients, nous disons régulièrement qu’elle doit être pluridisciplinaire. Développer des outils de communication entre les professionnels de santé favorise clairement ce type d’échanges.
À mon sens, il faut donc que la téléexpertise s’ouvre à tous les professionnels de santé et que tous puissent échanger les uns avec les autres, sans se limiter au sens kinésithérapeute vers médecin. Cela pourrait concerner d’autres professionnels et fonctionner dans les deux sens.
Quel conseil donneriez-vous à vos consœurs et confrères ?
Delphine GIRARD. Je sais que beaucoup de kinésithérapeutes se découragent à l’idée de faire de la téléexpertise, en pensant que les médecins ne vont pas répondre. À l’époque où nous faisions des courriers papier, nous envoyions des courriers aux médecins et nous n’avions pas forcément de réponse. Cela a pu freiner certains professionnels.
Mais maintenant que cet acte est valorisé pour les kinésithérapeutes et pour les médecins qui nous répondent, je pense que nous avons tout intérêt à nous y mettre. D’abord pour le patient, mais aussi pour mieux faire connaître ce que nous pouvons faire en rééducation.
Les prescripteurs ne connaissent pas forcément tous les champs de compétence des kinésithérapeutes. La téléexpertise permet de montrer ce que nous faisons avec le patient, ce que nous avons repéré lors du bilan et les éléments que nous pouvons apporter. Cela renforce aussi notre crédibilité et le lien avec les équipes de soins.
Le mot de la fin ?
Delphine GIRARD. En tant que kinésithérapeute, je pense que nous avons tout intérêt à nous lancer dans la téléexpertise. Vous verrez, ce n’est pas si long ou chronophage et cela permet vraiment de développer des relations de confiance avec les médecins.

