Le Dr Marine Lesourd et le Dr Benjamin Pradère sont urologues à Urosud, cabinet d'urologie à la clinique de la Croix du Sud près de Toulouse. Avec leurs confrères et consœurs du cabinet, ils ont lancé un réseau de téléexpertise sur Omnidoc pour répondre aux demandes d'avis des professionnels de santé de la région.
Dans cette interview croisée en vidéo, ils partagent leur retour d'expérience sur la mise en place de ce réseau : qui leur adresse des demandes, quelles sont les questions des requérants, ce qui a changé depuis la mise en place du réseau, etc.
Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Dr Marine LESOURD. Je suis urologue à la clinique de la Croix du Sud.
Dr Benjamin PRADÈRE. Je suis urologue et j’exerce en libéral à la clinique de la Croix du Sud, au sein du cabinet Urosud, à Toulouse.
Pouvez-vous nous parler du réseau de téléexpertise d’Urosud ?
Dr Benjamin PRADÈRE. Urosud est une association d’urologues. Nous travaillons tous ensemble et avons mis en place un réseau de téléexpertise qui permet à l’ensemble des praticiens inscrits sur Omnidoc de référer leurs patients mais surtout de transmettre les questions rencontrées au quotidien, quelle que soit leur spécialité, afin de favoriser des interactions rapides.
Dr Marine LESOURD. Nous avons choisi de développer ce réseau de téléexpertise au sein de notre cabinet Urosud car nous sommes huit urologues, chacun avec des surspécialités. Ce fonctionnement en groupe nous permet de flécher les demandes en fonction de l’hyperspécialité de chacun.
Qui sont les requérants principaux ?
Dr Benjamin PRADÈRE. Les requérants sont principalement des médecins généralistes, qui rencontrent souvent des difficultés pour accéder à un urologue et nous adresser leurs questions.
Nous recevons également des sollicitations de la part d’infirmières et de sages-femmes, qui nous interrogent sur les pathologies urologiques et sur leur prise en charge au quotidien, généralement dans l’objectif de surseoir à une consultation qui n’est pas forcément nécessaire pour le patient.
Dr Marine LESOURD. Il arrive aussi que d’autres spécialités nous sollicitent, comme des dermatologues pour des lésions de la verge ou des bourses, ou encore des gynécologues pour des questions d’incontinence urinaire, notamment lorsque cette incontinence est partiellement mixte.
Quelles sont les demandes les plus fréquentes ?
Dr Benjamin PRADÈRE. De manière générale, les demandes concernent des questions classiques d’urologie générale. Elles portent par exemple sur la prise en charge des infections urinaires, sur une élévation du PSA chez l’homme dans un contexte de suspicion de cancer de la prostate ou encore sur la découverte d’une anomalie à l’imagerie, notamment au scanner. Il s’agit le plus souvent de questions liées à la prise en charge globale, en amont de l’adressage du patient au spécialiste.
Dr Marine LESOURD. Les questions de surspécialité qui me concernent plus particulièrement sont celles relatives à l’infertilité masculine, à l’incontinence urinaire et aux troubles de la statique pelvienne. Par ailleurs, nous avons une organisation bien spécifique au sein de notre cabinet pour que les demandes de téléexpertise soient traitées au plus vite : chacun a un jour dans la semaine où il traite les demandes Omnidoc.
Pourquoi avoir privilégié un réseau de téléexpertise à une utilisation individuelle d’Omnidoc ?
Dr Benjamin PRADÈRE. Le principe du réseau et du travail en groupe repose avant tout sur la réactivité. Il ne s’agit pas de solliciter un seul urologue, mais l’ensemble des urologues du cabinet. Cela permet d’être beaucoup plus réactifs et d’apparaître, au niveau local et régional, comme un centre de référence capable d’apporter rapidement une réponse à une question simple.
Comment faisiez-vous avant Omnidoc ?
Dr Marine LESOURD. Avant, c’était beaucoup plus complexe. Les demandes passaient essentiellement par le téléphone, avec parfois beaucoup d’attente car il est difficile de gérer simultanément les avis urgents et les avis semi-urgents.
Les échanges se faisaient également par mail, mais ceux-ci étaient nombreux, notamment les mails de patients, et pouvaient facilement se retrouver noyés dans la masse. Cela entraînait parfois une certaine latence et ne permettait pas toujours d’apporter des réponses optimales à nos confrères médecins généralistes.
Qu’est-ce qui distingue la téléexpertise des autres modes de communication ?
Dr Benjamin PRADÈRE. Le premier élément différenciant est la rapidité de réponse. Le second concerne la sécurité : les données sont protégées, ce qui n’est pas le cas d’un texto ou d’un mail. Enfin, la téléexpertise offre un archivage structuré et la possibilité de flécher immédiatement le patient vers une consultation si nécessaire. Nous disposons ainsi de toutes les informations utiles, ainsi que des documents que nous pouvons partager avec le médecin traitant ou avec le professionnel à l’origine de la demande.
Quel impact pour les patients ?
Dr Marine LESOURD. Les patients sont très satisfaits, car lorsque nous recevons une demande sur Omnidoc, nous répondons généralement dans la journée et souvent même dans l’heure. Lorsqu’un rendez-vous est nécessaire, il est déclenché immédiatement. Nous nous engageons alors à recevoir le patient très rapidement, le plus souvent dans la semaine qui suit, en fonction de la situation.
La téléexpertise permet également d’éviter des consultations répétées. Par exemple, nous pouvons indiquer au médecin traitant qu’un examen complémentaire, comme une IRM ou un scanner, est nécessaire. Le médecin traitant prescrit alors cet examen, et le patient arrive en consultation avec l’ensemble des éléments requis, ce qui lui évite de multiplier les rendez-vous.
Quel impact sur la médecine de ville ?
Dr Marine LESOURD. Le principal bénéfice est l’accès à une réponse rapide. Lorsque les questions ne sont pas urgentes, le fait de disposer d’une réponse écrite, concise et rapide permet d’éviter une perte de temps pour le médecin traitant. Cela évite notamment de passer de longues minutes à tenter de joindre un confrère par téléphone, sans certitude de l’avoir au bon moment, par exemple lorsqu’il est en consultation ou au bloc opératoire. Cela constitue à la fois un gain de temps et une amélioration de la qualité de la prise en charge.
La téléexpertise a-t-elle une dimension pédagogique ?
Dr Benjamin PRADÈRE. C’est très souvent le cas. De nombreuses sollicitations concernent des questions simples, et la téléexpertise permet de décomplexer la relation avec le spécialiste. Comme on nous pose des questions assez basiques de prise en charge urologique, cela nous permet de donner simplement les recommandations de traitements ou d’examens pour un type de patient donné. Le fait de pouvoir échanger ainsi directement de praticien à praticien donne finalement un véritable rôle de formation et d’éducation.
Dr Marine LESOURD. Lorsque nous répondons, nous justifions systématiquement notre avis en nous appuyant sur des recommandations. Par exemple, lorsque nous sommes sollicités au sujet du PSA, nous expliquons s’il convient de le recontrôler ou si, dans certains cas, une IRM n’est pas nécessaire, en précisant les raisons, ou au contraire pourquoi elle peut l’être. À force de recevoir des réponses similaires, l’information se diffuse. Et comme elle est écrite, elle est plus facile à retenir qu’une réponse orale donnée à la volée.
Un conseil pour vos consœurs et confrères urologues ?
Dr Benjamin PRADÈRE. Mon premier conseil est simple : « faites-le ». La téléexpertise apporte beaucoup, notamment en termes d’interactions avec les praticiens de son territoire, à l’échelle locale et régionale. Une fois le pas franchi, il ne faut pas en avoir peur. La prise en main se fait naturellement, d’autant plus que les réseaux de téléexpertise prennent une place croissante et deviennent de plus en plus simples à utiliser.
Dr Marine LESOURD. Pour moi, la principale clé, c’est d’arriver à s’organiser au sein du cabinet pour savoir qui répond. Nous, comme nous sommes nombreux, c’est un jour chacun, et nous savons que nos secrétaires vérifient plusieurs fois dans la journée s’il y a eu des demandes. Et si elles voient que nous n’avons pas répondu rapidement, elles nous renvoient un message pour nous le signaler. Donc je pense que c’est important qu’au sein du cabinet, nous ayons des jours précis ou une rotation simple à mettre en place.
Le mot de la fin ?
Dr Benjamin PRADÈRE. La téléexpertise est là pour s’inscrire dans la durée. Nous en sommes convaincus, d’autant plus que nos consultations sont aujourd’hui saturées.
Dr Marine LESOURD. Au sein de notre cabinet, nous avons fait le choix de développer la téléexpertise pour améliorer encore la qualité des soins, et nous ne le regrettons absolument pas.

