23 janvier 2026Focus sur le Centre Spécialisé de l'Obésité (CSO) du CHU de Tours : témoignage de Julie Capelle, Cheffe de projet

Photographie de Julie Capelle, Cheffe de projet au CSO du CHU de ToursPhotographie de Julie Capelle, Cheffe de projet au CSO du CHU de Tours

En tant que Cheffe de projet au Centre Spécialisé de l’Obésité (CSO) du CHU de Tours, Julie Capelle participe quotidiennement à la structuration des parcours de soins dédiés à l’obésité en région Centre-Val de Loire.

Entre organisation des niveaux de recours, coordination des professionnels et développement de nouveaux usages, elle revient dans ce témoignage sur les missions d’un CSO et sur la place que prend progressivement la téléexpertise dans cette filière.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Julie CAPELLE. Je suis cheffe de projet au Centre Spécialisé de l’Obésité du CHU de Tours. Mon rôle est avant tout un rôle de coordination administrative et organisationnelle, au service de la structuration des parcours de soins dédiés à l’obésité. Nous travaillons à l’échelle régionale, en lien avec le CSO du CHU d’Orléans, ce qui permet de couvrir l’ensemble de la région Centre-Val de Loire.

Quel est le rôle d’un CSO dans la prise en charge de l’obésité ?

Julie CAPELLE. Les CSO, initialement au nombre de 37, ont été créés à la suite du plan obésité lancé en 2010. Leur mission principale est de structurer des parcours de soins pour des situations souvent complexes. L’idée est de garantir à chaque personne vivant avec une obésité, quel que soit son âge ou la complexité de sa situation, un accès à un parcours de soins lisible, adapté et s’appuyant sur les recommandations de la Haute Autorité de Santé.

Au-delà de la prise en charge des situations les plus complexes, les CSO portent également une mission de structuration de la filière obésité à l’échelle territoriale (filière ObéCentre). Cela recouvre plusieurs dimensions, dont le repérage et la formation des professionnels, la coordination des acteurs, le développement de compétences sur le territoire et l’appui à l’orientation pour les prescripteurs ou les patients

Comment s’organisent concrètement ces parcours de soins ?

Julie CAPELLE. Nous travaillons avec une logique de filière, organisée autour de trois niveaux de recours. Le premier niveau correspond à la prise en charge la moins complexe, souvent assurée en ville. Le deuxième niveau permet d’aller plus loin dans l’évaluation et l’accompagnement et repose sur des équipes spécialisées dans le domaine de la nutrition. Enfin, le troisième niveau est dédié aux situations les plus complexes, qui relèvent pleinement de l’expertise des Centres Spécialisés de l’Obésité.

Un enjeu majeur est d’identifier, sur chaque territoire, les professionnels capables de porter ces différents niveaux de recours. Cela permet d’orienter les patients au bon endroit, au bon moment, et d’éviter que tout remonte systématiquement vers le niveau expert.

Au-delà de l’expertise médicale, quels leviers mobilisez-vous pour structurer la filière obésité ?

Julie CAPELLE. La structuration de la filière passe aussi par un important travail d’identification et de mise en visibilité des compétences sur le territoire. Nous avons notamment développé une cartographie régionale qui permet d’identifier, sur l’ensemble des départements, les professionnels impliqués dans la prise en charge de l’obésité, qu’il s’agisse de médecins, de paramédicaux ou d’autres acteurs du parcours.

Cette cartographie facilite les mises en relation, aussi bien pour les professionnels que pour les patients et leurs familles. Elle s’inscrit dans une logique plus globale de montée en compétences, notamment pour les professionnels de premier recours, qui sont très souvent en première ligne mais n’ont pas toujours bénéficié d’une formation approfondie en nutrition lors de leur cursus initial. Pourtant, avec 50 % de la population adulte en surpoids ou en situation d’obésité, chaque médecin y sera nécessairement confronté.

Il y a également un travail important autour des représentations de l’obésité. L’obésité reste encore trop souvent perçue comme le résultat de comportements individuels, alors qu’il s’agit d’une maladie complexe, qui nécessite une prise en charge médicale structurée et pluridisciplinaire. C’est un enjeu fort de sensibilisation et de formation.

Comment la téléexpertise a-t-elle été mise en place concrètement au sein du CSO ?

Julie CAPELLE. La téléexpertise s’est appuyée sur des pratiques qui existaient déjà. Avant, il y avait déjà des échanges informels entre professionnels via des appels ou des sollicitations d’avis par mail. Les CSO portent notamment des réunions de concertation pluridisciplinaire (RCP) depuis plusieurs années pour échanger autour de situations cliniques complexes dans le domaine de la pédiatrie et de l’adulte (NDLR : plus d’informations sur l’espace professionnel du site obecentre.fr). L’objectif n’a pas été de créer quelque chose de totalement nouveau, mais de structurer ces échanges et de leur donner un cadre plus lisible, sécurisé et tracé.

La mise en place s’est faite en travaillant étroitement avec les médecins impliqués dans le CSO. Ce travail de cadrage a permis de définir collectivement les situations pour lesquelles la téléexpertise faisait réellement sens et d’organiser la réponse médicale en conséquence.

Au lancement d’Omnidoc, il y avait des interrogations sur le risque d’une augmentation trop importante des demandes mais avec le recul, ces craintes ne se sont pas confirmées. L’outil a permis d’organiser les sollicitations, sans engendrer de surcharge, tout en apportant un cadre plus structuré que les échanges téléphoniques ou informels.

Quels usages concrets observez-vous aujourd’hui avec la téléexpertise ?

Julie CAPELLE. La téléexpertise est utilisée comme un premier avis spécialisé, qui permet d’engager ou d’ajuster une prise en charge. Elle aide à mieux qualifier les situations et à identifier le niveau de recours pertinent. Elle concerne l’ensemble des prises en charge médicales liées à l’obésité complexe. Pour les demandes d’appui à l’orientation pour des situations simples, les sollicitations parviennent via le formulaire de contact ObéCentre.

Pour le CSO, c’est aussi un outil de régulation. Elle aide à repositionner certaines situations vers le premier ou le deuxième niveau lorsque cela est pertinent et à éviter des consultations spécialisées qui ne seraient pas nécessaires à ce stade. À l’inverse, lorsqu’une situation relève explicitement de l’expertise, la téléexpertise permet de mieux préparer l’orientation et d’anticiper la suite du parcours en articulation avec l’ensemble des acteurs.

C’est également un outil rassurant pour les professionnels demandeurs, qui peuvent obtenir un avis structuré et ne pas rester seuls face à des situations parfois complexes. Pour eux, c’est aussi un levier de formation et de montée en compétence.

Est-ce que la téléexpertise vous permet de toucher de nouveaux professionnels ou plutôt de renforcer des liens existants ?

Julie CAPELLE. Beaucoup de professionnels de santé sont déjà en relation avec des experts ou des équipes qu’ils connaissent déjà au sein de la filière obésité. Cependant, nous observons en parallèle une vraie dynamique d’ouverture. Certains professionnels découvrent le réseau de téléexpertise du CSO via la plateforme Omnidoc parce qu’ils l’utilisent déjà pour d’autres spécialités.

Par ailleurs, la téléexpertise nous permet également d’identifier des professionnels qui sollicitent régulièrement le dispositif. Cela nous aide à mieux comprendre leurs besoins et à renforcer les liens avec eux, par exemple en leur proposant des actions ciblées de formation ou en développant des partenariats plus structurés.

Quel conseil donneriez-vous à d’autres équipes de CSO qui souhaiteraient mettre en place la téléexpertise ?

Julie CAPELLE. Le point clé, c’est le travail préparatoire. Avant de déployer la téléexpertise, il faut réfléchir au projet, à ce que l’on souhaite proposer et à la manière dont les demandes vont être cadrées. Il est essentiel de définir des critères clairs et de travailler en amont sur les informations nécessaires dans le recueil de données pour rendre un avis pertinent. La mise en place d’un formulaire structuré est ainsi déterminante. Elle permet de disposer, dès le départ, des éléments indispensables à l’analyse de la situation et d’éviter des allers-retours avec les professionnels demandeurs.

L’aspect communication est aussi essentiel. Expliquer le fonctionnement du dispositif, s’appuyer sur les réseaux existants, comme les fédérations ou les URPS, et intégrer la présentation de la téléexpertise dans les temps de formation contribuent largement à son appropriation.

Le mot de la fin ?

Julie CAPELLE. La téléexpertise est un outil supplémentaire au service de la filière obésité. Lorsqu’elle est bien pensée et bien intégrée, elle contribue à une meilleure organisation des parcours et facilite l’accès à l’expertise dans un contexte où les situations sont souvent complexes et les ressources inégalement réparties.


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