Le Pr Bertrand Richert est dermatologue au CHU Brugmann. Avec ses confrères et consœurs des services de dermatologie, il a lancé un réseau de téléexpertise sur Omnidoc pour répondre aux demandes d'avis des professionnels de santé de la région bruxelloise.
Dans cette interview vidéo, il partage son retour d'expérience sur la mise en place de ce réseau : le rôle de la téléexpertise dans un contexte de pénurie médicale, l'accompagnement d'Omnidoc dans la mise en place, ce qui a changé depuis la mise en place du réseau, etc.
Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Pr Bertrand RICHERT. Je suis dermatologue, chef de service et professeur de dermatologie à l’Université Libre de Bruxelles.
Qu’est-ce que la téléexpertise ?
Pr Bertrand RICHERT. La téléexpertise consiste à adresser un dossier à un expert afin d’obtenir un avis spécialisé. Ce n’est pas une consultation : cela se fait sur la base de photographies et d’un historique clinique détaillé.
Par exemple, à l’hôpital, nous faisons des expertises en dermatologie générale, mais aussi en pathologie capillaire, en pathologie unguéale, en pathologie des plaies, etc. Le médecin peut alors adresser sa demande à un expert spécifique en expliquant : « Ce patient présente telle pathologie connue, il a déjà reçu tel traitement, mais je ne parviens pas à résoudre la situation. Que puis-je faire ? ».
Nous pouvons alors proposer une conduite à tenir ou décider de reprendre le patient pour approfondir l’exploration. C’est un avis d’expert, à distinguer de la téléconsultation qui, comme son nom l’indique, est une consultation à distance.
Quelle est l’utilité de la téléexpertise ?
Pr Bertrand RICHERT. La téléexpertise nous permet d’avoir des images et un historique rapidement, de faire le tri, et de pouvoir offrir aux patients qui le nécessitent des créneaux de consultation beaucoup plus rapprochés.
Il arrive que nous demandions des informations complémentaires. Avec le temps, les médecins qui sollicitent régulièrement notre service nous adressent des dossiers de plus en plus complets, avec des photographies de qualité. Dans certains cas, nous pouvons même poser un diagnostic et proposer un traitement sans que le patient doive se rendre à l’hôpital.
Cela veut dire que nous pouvons parfois offrir une prise en charge globale, pour autant que l’information délivrée au dermatologue soit complète et suffisante.
Par quels canaux arrivaient les demandes avant la téléexpertise ?
Pr Bertrand RICHERT. Pendant la période du Covid, j’avais mis en place une solution artisanale au sein du service : une adresse e-mail dédiée permettant d’envoyer des photographies accompagnées d’un historique. Les images étaient parfois floues, le carrelage apparaissait plus net que la lésion, mais cela nous a permis de continuer à travailler et surtout de trier.
Nous avons ainsi pu identifier des carcinomes basocellulaires, des mélanomes, des pathologies bulleuses ou d’autres situations aiguës nécessitant une prise en charge rapide. Les patients que nous faisions entrer à l’hôpital étaient précisément ceux identifiés grâce à ce tri.
C’est à ce moment-là que nous avons compris que la téléexpertise présentait un véritable intérêt à long terme. Il fallait structurer et professionnaliser cette pratique.
Comment s’est passée la mise en place d’Omnidoc ?
Pr Bertrand RICHERT. La mise en place d’Omnidoc a été remarquable. Nous avons eu des échanges avec toute l’équipe et le système a été déployé très rapidement.
Nous l’avons installé alors même qu’il n’était pas encore remboursé. Notre priorité était de créer l’habitude auprès des médecins généralistes et spécialistes : que le réflexe d’utilisation soit acquis des deux côtés. La rémunération viendra ensuite, pour le requis et pour le demandeur, mais l’appropriation de l’outil était essentielle.
Pour l’instant, même si cela ne rapporte pas d’argent, cela nous fait gagner beaucoup de temps.
Comment gérez-vous désormais les demandes entrantes ?
Pr Bertrand RICHERT. Il m’arrive encore de recevoir des demandes par d’autres canaux, comme WhatsApp ou par e-mail. Désormais, je ne réponds plus par ces voies. Je souhaite qu’un dossier médical structuré soit constitué et je demande donc aux confrères de passer par la plateforme Omnidoc. Cela leur prend 30 secondes pour s’inscrire et, généralement, la demande arrive dans les dix minutes.
Comment se passe une téléexpertise concrètement ?
Pr Bertrand RICHERT. Dans la pratique, la demande arrive directement dans ma boîte mail. Je ne dois pas aller vérifier sur une plateforme : je reçois une notification indiquant qu’une demande Omnidoc est arrivée. Je clique, le dossier s’ouvre sur la plateforme, je consulte les éléments et je réponds lorsque je suis disponible.
Si je n’ai pas le temps immédiatement, je peux traiter la demande plus tard. Une fois la réponse rédigée, j’envoie la réponse et la demande est clôturée. C’est très simple et cela s’intègre naturellement dans le flux de travail quotidien.
Comment gérez-vous collectivement les demandes ?
Pr Bertrand RICHERT. Nous avons organisé différents canaux : dermatologie générale, pathologie capillaire, pathologie unguéale, etc. Chaque médecin du service s’inscrit dans un ou plusieurs canaux selon son expertise.
Lorsqu’un confrère adresse une demande dans un canal spécifique, tous les médecins inscrits dans ce groupe reçoivent une notification. Le premier qui répond prend en charge la demande et si une réponse est déjà apportée, vous ne répondez pas, tout simplement
Quel est l’intérêt de la téléexpertise en dermatologie ?
Pr Bertrand RICHERT. En dermatologie, ce n’est pas que nous ne travaillons pas : c’est que nous sommes saturés. Il est d’ailleurs faux de dire que c’est à cause de la cosmétique : il n’y a que 10 % des dermatologues qui font de la cosmétique. En réalité, nous travaillons de 8h30 à 18h, non-stop, c'est bel et bien saturé.
Nous avions donc grand besoin d’un outil qui nous permette de prioriser les patients en souffrance ou en situation urgente.
Quel impact sur le quotidien du service ?
Pr Bertrand RICHERT. Le changement majeur réside dans la relation confrère à confrère. Nous ne sommes plus dans une sollicitation directe du patient, mais dans un échange médical structuré. Ce que cela a profondément modifié, c’est le tri. Nous voyons en priorité les patients qui doivent réellement être vus rapidement.
Quel impact pour les patients ?
Pr Bertrand RICHERT. Le patient consulte son médecin traitant, qui peut ensuite le référer à un spécialiste hospitalier qu’il connaît. Le parcours devient hiérarchisé et fluide et le patient ne doit plus rester trois heures au téléphone à essayer d’obtenir un rendez-vous pour dans quatre mois.
Nous répondons en moyenne entre 24 et 27 heures. Les réponses sont donc rapides, et cela permet aux patients d’être vus dans des délais très courts ou d’être rassurés, tout simplement.
Quel regard portez-vous sur la rémunération de la téléexpertise ?
Pr Bertrand RICHERT. La rémunération est juste et reflète la compréhension par les autorités de l'importance de cette pratique pour le système de santé. Je pense d’ailleurs qu’après la dermatologie, cela va arriver dans d’autres spécialités.
Quel avenir pour la téléexpertise en Belgique ?
Pr Bertrand RICHERT. Elle va exploser, c’est obligatoire. L’exemple français montre que les délais peuvent passer de six mois à six semaines lorsque le dispositif est bien structuré.
Quel conseil pour vos consœurs et confrères ?
Pr Bertrand RICHERT. Pour ceux qui hésitent, je leur dis simplement d'arrêter d’hésiter ! C’est trop facile, cela va trop vite, c’est trop bien.
La mise en place peut demander 24 à 48 heures d’adaptation, mais ensuite cela s’intègre naturellement dans la routine. Cela permet de mieux trier les patients et de recevoir rapidement ceux qui en ont réellement besoin.
Le mot de la fin ?
Pr Bertrand RICHERT. C’est un système qui a fait ses preuves. N’hésitez pas.
